
La vie de Guillermo
La mort de Guillermo
Le 18 juillet 2008 à Paris 12 à L'hôpital des Diaconnesses
Courrier | Ses contes
L'exploit des huit petits orphelins 4 et 4 font 8.
8 petits orphelins qui n'avaient rien à se mettre sous la dent partirent, de bon matin, à la recherche d'un petit quelque chose à croquer. Ils marchèrent longtemps. Jamais ne se plaignaient ni ne se disputaient, ils marchaient. Ils marchèrent et arrivèrent devant la barrière d'une grande propriété sur laquelle était accroché un écriteau "Défense d'entrer". Les huit agrippés à la barrière, découvrirent une grosse bâtisse entourée d'une plantation de grosses pastèques.
4 et 4 font 8.
Les 8 petits orphelins eurent l'idée d'entrer, en se cachant chacun dans une pastèque, après l'avoir vidée. Ils roulèrent jusqu' à l'entrée de la bâtisse, sortirent de leurs cachette et ils frappèrent à la porte de la bâtisse. Une bonne femme les accueillit en les pressant de questions.
Que voulaient-ils? Avaient-ils faim? Avaient-ils soif? Pourquoi avaient-ils faim? Pourquoi avaient-ils soif? Souhaitaient-ils boire, voulaient-ils grignoter?
Sans écouter leurs réponses, la bonne femme les installa devant une grande table qu’elle couvrit de nourriture d'un coup de baguette magique.
Cette bonne femme avait tout l'air d'une Ogresse qui cherchait à les gaver avant de les dévorer.
Après un copieux repas, elle les invita à faire la sieste dans une chambre qui n'avait qu'un trou de lumière dans le toit, pas de fenêtre, et un très grand lit.
Lorsque l'un des enfants sortit pour se rendre au toilette, il traversa un couloir rempli de haches, de couteaux, de marteaux, de pinces, d'instruments bizarres et de cordes qui frémissaient et grondaient sur son passage. Il revint aussitôt dans la chambre et raconta ce qu'il avait vu et entendu.
4 et 4 font 8.
Les huit petits orphelins décidèrent de fuir par le trou de lumière du plafond. N'étaient-ils pas chez une Ogresse ? Et l'Ogre ne tarderait pas à arriver.
Les huit firent la courte échelle, et le premier qui accéda au toit hissa les autres avec une corde trouvée dans le couloir. Ils glissèrent du toit de la bâtisse jusqu’au sol et atterrirent au beau milieu de la plantation de pastèques, juste au moment où se fit entendre la voix de l'Ogre qui claironnait:
J'ai grand faim, j'ai grand goût
ça sent la chair fraîche!
Ils entendirent l'Ogre traverser le couloir, aiguiser son long coutelas, pénétrer dans la chambre, éventrer le matelas, hurler après sa femme, pester, claironner à nouveau:
J'ai grand faim, j'ai grand goût
ça sent la chair fraîche!
L'Ogresse, honteuse d'avoir laissé échapper son butin, mentit à son mari en prétendant qu'il se trompait:
Non, mon mari, non,
pas de chair fraîche ici!
4 et 4 font 8.
Les huit petits orphelins, retrouvèrent les pastèques qu'ils avaient laissées dans le jardin , s'y cachèrent à nouveau et se mirent à rouler, en silence, vers la sortie.
J'ai grand faim, j'ai grand goût
ça sent la chair fraîche
Je la retrouverai ma chair fraîche,
elle est sûrement cachée dans mon champs,
claironna l'Ogre debout au milieu de ses pastèques.
C'est alors que le plus savant jeu de cache -cache se joua entre l'Ogre et les huit pastèques.
Au bout de sa recherche, l'Ogre arriva devant la barrière de sa bâtisse, et ne put croire ce que ses yeux voyaient. Dans le champs d'en face, 4 et 4 font 8, huit grosses pastèques le narguaient effrontément. Ils se précipita avec son long coutelas pour les éventrer toutes. Les pastèques étaient vides, mais ne l'avaient pas toujours été, car elles avaient encore les traces des petits orphelins qu'elles avaient cachés et qui s'étaient évadés.
L'Ogre comprit qu'il avait été trompé par sa femme et jura de se venger. Je vous laisse imaginer ce qu'il lui fit, puisqu'il devint veuf ce jour-là.
4 et 4 font 8.
Les huit petits orphelins furent accueillis, à leur retour, par le village en fête.
- D'où venaient-ils?
Ils venaient de chez les Ogres!
Comment avaient-ils pu leur échapper?
Les huit petits orphelins racontèrent ce que je viens de vous raconter.
Depuis lors, les habitants du village promirent de toujours faire la courte échelle pour aider leurs petits orphelins à grandir sans crainte de n'avoir rien à se mettre sous la dent. Il était une fois un rayon de soleilIl était une fois un être humain qui vivait dans un trou, dans une totale obscurité. Il y vécu longuement, longtemps.
Un jour, un rayon de lumière se glisse dans son obscurité. L’être humain le suit et au bout du chemin découvre la nature, la faune, la flore. Il vit au milieu des animaux, en pleine nature.
Le temps passe et l’envie lui prend de changer, à ce moment-là, un plus grand rayon de lumière lui apparaît. Il le suit et au bout du chemin, il découvre un nouveau monde avec des êtres humains en quantité, du feu, des bateaux. L’être humain commence une nouvelle vie.
Mais un jour il a envie de voir davantage de choses car il s’ennuie. Un rayon de soleil plus grand, plus chaud, le caresse alors. Il le suit et au bout du chemin il trouve un monde vaste avec de nombreuses contrées, une multitude d’êtres humains très différents les uns des autres, de moins en moins de faune et de flore, le confort, des voitures, des transports rapides, des avions, « une civilisation » où il compte s’adapter facilement. Il se sent déjà intégré dans ce monde où il ne s’ennuie pas. Il crée une famille.
Mais un jour la vie lui exige de mourir. C’est le tribut qu’il doit à la vie. Cette idée l’horrifie. Il commence à penser que, par miracle, il pourrait ne pas mourir car il aimait beaucoup la vie sur terre.
Un jour, un grand, grand, grand rayon de soleil, brillant, splendide, Papa Sol lui-même, lui apparaît. Il le suit, le suit, le suit. Le rayon est de plus en plus chaud, de plus en plus brillant, de plus en plus splendide. Il le suit, il le suit, il le suit jusqu’au bout du chemin. Il tombe alors sur un monde calciné et immobile.
A ce moment-là, il a l’idée de faire marche arrière, Mais c’est trop tard.
Comme il n’a pas payé le tribut qu’il devait à la vie il devra le payer à Papa Sol, le soleil. L’homme qui ne vieillissait pas dans son paradis du bout du mondeIl était une fois un jeune homme qui vivait dans le village où il était né et où il avait grandi. Il vivait, avec les siens, dans la maison familiale construite sur une colline. Il connaissait tous ses voisins et saluait les villageois dont il partageait les coutumes et connaissait la vie. Comme à chaque nouveau-né de la famille ses parents lui avaient offert un coffre qu’il aurait à remplir tout au long de sa vie.
Le monde autour de lui évoluait et, comme lui, se transformait et ce qui devait arriver, arriva. Un jour il quitte ses parents, sa maison, ses amis et part découvrir des horizons dont il a grande curiosité. Ses pas le mènent loin, de plus en plus loin, au-delà des montagnes. Il s’embarque sur des bateaux de fortune et traverse l’océan. Il découvre de nouvelles mers, de nouvelles terres. Il découvre aussi des êtres humains différents de lui. Il s’émerveille pourtant de voir que, malgré toutes leurs différences, ces êtres lui ressemblent ; ils sont hospitaliers, curieux, débordants de joie de vivre comme lui-même l’est profondément. Il s’étonne de constater que les animaux et la nature sont résistants et inaltérables contrairement aux hommes qui sont faibles, instables, ambitieux et parfois égoïstes.
Il apprend grandement sur les chemins parcourus, de quoi remplir en partie le coffre qu’il avait d’ailleurs oublié dans la maison familiale.
Un beau jour, rendu à la fleur de l’âge, l’homme arrive au bout du monde. Ce bout du monde l’enchante. Il pense tout haut :
C’est ici que je souhaite vivre désormais !
On le mène au sorcier du village. Il le salue avec déférence. Le sorcier lui offre l’hospitalité et lui prédit qu’il ne vieillira jamais s’il accepte de partager leur vie pour toujours. Comme il lui semble merveilleux de n’avoir pas à vieillir et comme ce bout du monde est à ses yeux un paradis, il accepte.
Les années coulent, mais l’homme ne voit pas le temps couler ; il ne vieillit pas. Toujours à la fleur de l’âge, il ressent tout, comme au premier jour de son arrivée et avec la même intensité. Etrangement il ne se rappelle plus sa vie passée…..
Est- ce un vol d’oiseau, un parfum furtif ou un mot lancé innocemment qui bouleverse sa vie ?
Un soir, comme par magie, il se met à rêver. Il rêve de son coffre, de ses parents, de sa colline, de ses amis et revit le long périple qui l’a mené jusqu’à son paradis du bout du monde.
Au petit matin, à la fraîche, sa décision prise, l’homme scelle son cheval, le chevauche et reprend en sens inverse le chemin qui l’a conduit à ce paradis du bout du monde où il avait longuement vécu, sans jamais vieillir. Il galope à travers plaines et montagnes. Il galope jusqu’à la tombée de la nuit.
Plus il avance, plus il sent curieusement, une fatigue incommensurable lui peser sur les épaules et lui courber l’échine.
Au lever du jour lorsqu’il s’arrête pour se désaltérer au bord d’un ruisseau, l’eau lui renvoie son image. C’est celle d’un vieil homme. Il n’en croit pas ses yeux, en une nuit et une seule, il a vieilli. Il a du mal à remonter sur son cheval et remarque que celui-ci est aussi vieux et fatigué que lui. Comprenant alors que ses yeux ne l’ont pas trompé, il fouette sa monture pour rejoindre au plus vite son village natal.
C’est un très vieil homme monté sur un très vieux cheval qui entre dans le village ce matin-là.
Le très vieil homme ne reconnaît rien. Ce n’est d’ailleurs plus un village mais une ville grouillante de monde. Il a du mal à retrouver son quartier. On ne connaît pas ses parents. Son nom n’évoque rien à personne.
Il traverse maintes et maintes fois la ville à la recherche de la colline de son enfance et de sa maison familiale. Il trouve enfin la colline, elle est toujours à sa place ; il retrouve sa maison qui, coincée entre des immeubles, n’est plus qu’une ruine.
Le très vieil homme erre à travers cette ruine en quête d’une trace, d’une réminiscence. Par bonheur, il finit par découvrir son coffre enseveli sous un enchevêtrement de broussailles et de gravats. Il l’exhume avec beaucoup de mal et l’ouvre enfin. Ce coffre qu’il a reçu de ses parents et qu’il a laissé au moment du départ est plein de souvenirs oubliés, mais il y a encore de la place. Il s’y glisse pour entreprendre son grand voyage pour l’éternité.
Certains disent que les choses ne se passèrent pas ainsi et qu’il trouva le coffre vide lorsqu’il l’ouvrit.
Qu’importe, pensa-t-il, je le remplirai avec mes souvenances.
Il voulut ranger aux côtés de ses souvenirs de jeunesse ceux de son long périple et de sa vie dans son paradis du bout du monde ; étrangement il n’avait mémoire de rien sauf de sa première rencontre avec le sorcier.
A n’en pas douter le sorcier lui avait effacé la mémoire ! N’était-ce pas le prix à payer pour vivre l’éternelle jeunesse ?
Comme le coffre était encore à moitié vide il murmura :
Eh bien, puisqu’il le faut, j’y rentrerai et le remplirai de mon corps.
Et c’est ce qu’il fit.
Voilà ce que certains racontent.
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