La vie de Guillermo


Son itinéraire de vieSa profession : ferronnier d'artPhotosSes 500 proverbesSes recettes de cuisineExtrait de son livre sur CubaSes contes

La mort de Guillermo

Le 18 juillet 2008 à Paris 12 à L'hôpital des Diaconnesses

La veillée et la mise en bièreTémoignagesManifestations d'amitié & courrier d'amisLa mise des cendres au Columbarium du père La Chaise le 18 septembre 2008

Courrier

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Témoignages

lors de la cérémonie d'incinération au Père La chaise le 22 juillet



Il était une fois un rayon de soleil

Il était une fois un être humain qui vivait dans un trou, dans une totale obscurité. Il y vécu longuement, longtemps.
Un jour, un rayon de lumière se glisse dans son obscurité. L’être humain le suit et au bout du chemin découvre la nature, la faune, la flore. Il vit au milieu des animaux, en pleine nature.
Le temps passe et l’envie lui prend de changer, à ce moment-là, un plus grand rayon de lumière lui apparaît. Il le suit et au bout du chemin, il découvre un nouveau monde avec des êtres humains en quantité, du feu, des bateaux. L’être humain commence une nouvelle vie.
Mais un jour il a envie de voir davantage de choses car il s’ennuie. Un rayon de soleil plus grand, plus chaud, le caresse alors. Il le suit et au bout du chemin il trouve un monde vaste avec de nombreuses contrées, une multitude d’êtres humains très différents les uns des autres, de moins en moins de faune et de flore, le confort, des voitures, des transports rapides, des avions, « une civilisation » où il compte s’adapter facilement. Il se sent déjà intégré dans ce monde où il ne s’ennuie pas. Il crée une famille.
Mais un jour la vie lui exige de mourir. C’est le tribut qu’il doit à la vie. Cette idée l’horrifie. Il commence à penser que, par miracle, il pourrait ne pas mourir car il aimait beaucoup la vie sur terre.
Un jour, un grand, grand, grand rayon de soleil, brillant, splendide, Papa Sol lui-même, lui apparaît. Il le suit, le suit, le suit. Le rayon est de plus en plus chaud, de plus en plus brillant, de plus en plus splendide. Il le suit, il le suit, il le suit jusqu’au bout du chemin. Il tombe alors sur un monde calciné et immobile.
A ce moment-là, il a l’idée de faire marche arrière, Mais c’est trop tard.
Comme il n’a pas payé le tribut qu’il devait à la vie il devra le payer à Papa Sol, le soleil.

Texte de Guillermo lu par Mimi le 22 juillet 2008

Papa God et Mama God

Au tout début du premier commencement du monde, il n’y avait rien. Il y avait juste Papa Bondieu, Papa God et Maman Bondieu, Mama God. Un jour, on ne sait pas pourquoi, Papa God a eu besoin de bouger et la lumière est apparue.
Pour la première fois Papa God voit Mama God. Il se met à sourire.
- Pourquoi tu souris comme ça Papa God ? 
- Tu es si belle !
Mama God se met à sourire à son tour.
- Pourquoi tu souris comme ça Mama God ?
- Tu es si beau !
Ils ont échangé des sourires, des désirs et beaucoup de plaisirs.
Papa God est amoureux, il veut faire un cadeau à Mama God. Il façonne une sphère qu’il appelle la terre et la lui offre.
Mama God regarde et dit :
- Trop lisse, ça manque de relief. 
- OK !
Papa God claque les doigts et aussitôt apparaissent les montagnes, les précipices, les collines, les valées.
- Trop sec.
- OK !
Il claque les doigts et voici les océans, les mers, les fleuves, les rivières et toutes les forêts, les plaines, les prairies, les jardins, les vergers.
Mama God trouve tout cela parfait.

Un jour, Papa God voit dans les yeux de Mama God un regard coquin :
- Pourquoi tu me regardes comme ça ?
- Tu es si beau Papa God. Il en faudrait des milliers comme toi pour mettre de la vie sur la terre.
Papa God est fier, il claque les doigts et des milliers de Papa God peuplent la terre. Il regarde Mama God et sourit :
- Tu es si belle Mama God ! Il en faudrait des milliers comme toi pour mettre la terre en joie !
Mama God est si fière, elle a un fou rire qui jaillit de son ventre. Et de son rire naissent des milliers de Mama God sur la terre.

Tous les Papa God et les Mama God de la terre se regardent. Ils échangent des sourires, des désirs et des plaisirs.
Et ça a marché, la preuve : vous êtes là et nous sommes là !

Cela s’est si bien passé que depuis ce temps-là, Papa God et Mama God sont tout là-haut et ne s’occupent plus de nos affaires.

Conte dit par Praline

Le mât oublié

Dans les iles de la Caraibe, on racontait cette histoire.
Un bateau s'en allait pour pêcher parmi les rochers de la mer.
Comme les pêcheurs s'approchaient du premier rocher, ils s'aperçurent qu'ils avaient oublié le mât à terre, car il faisait encore nuit.
Ils revinrent à terre pour chercher le mât. Sur le quai se trouvait un homme, qu'on disait le meilleur pêcheur sur rochers de toute la côte — car il y a tou jours un homme meilleur que les autres, pour tout, même pour taper du marteau. Cet homme excellent cuisinier, connaissait tous les poissons de la mer.. . Les pêcheurs embarquèrent l'homme et reprirent la mer.
Ils disposèrent tous les hommes de l'équipage, chacun sur un rocher, et tout le long du jour ils pêchèrent Au soir, le bateau fit le tour des rochers, pour ramasser les hommes et rentrer au bord. Mais nulle part on ne put trouver, nulle part, le meilleur pêcheur de la côte. Il avait disparu. Une vague jaillie de la mer l'avait emporté. Oui, car son jour était venu.
Et les hommes de l'équipage se disaient, tandis que le bateau rentrait avec la nuit :
— Ce matin nous pensions que nous faisions demi-tour pour chercher le mât. C'était en fait pour chercher l'homme, le meilleur pêcheur sur rochers, le meilleur cuisinier, le meilleur de nous tous.

Conte emprunté au cercle des menteurs de Jean Claude Carrière. éd Plon

Conte dit par Muriel

Poème de Gaston Miron

J'ai fait du plus loin que moi un voyage abracadabrant.
Il y a longtemps que je ne me suis pas revu.
Je suis en moi, comme un homme dans une maison qui s'est construite en son absence.
Je te salue silence.
Je ne suis pas revenu pour revenir.
Je suis arrivé là où ça commence.

lu par Marie lors de la veillée au 28 rue d'Oran Paris 18

La centaine d'amour de Pablo Neruda

Mon amour, si je meurs et si tu ne meurs pas,
mon amour, si tu meurs et si je ne meurs pas,
n'accordons pas à la douleur plus grand domaine:
nulle étendue ne passe celle de nos vies.

Poussière sur le blé, et sable sur les sables
l'eau errante et le temps, et le vent vagabond
nous emportaient tous deux comme graine embarquée.
Nous pouvions dans ce temps ne pas nous rencontrer.

Et dans cette prairie où nous nous rencontrâmes,
mon petit infini, nous voici à nouveau.
Mais cet amour, amour, est un amour sans fin,

et de même qu'il n'a pas connu de naissance
il ignore la mort, il est comme un long fleuve
il change seulement de lèvres et de terre.

Envoyé par Jean-Pierre

Optimiste « en marcha »

Digne et droit
Artisan de fer
Ferronnier d’art
Inventeur astucieux
Guérisseur imaginatif
Peur de rien, ni de personne
Etudiant enthousiaste
Professeur émérite
Fumeur de cigare
Buveur de rhum
Classe royale
Réparateur téméraire
Entrepreneur audacieux
Cuisinier généreux
Mémoire de la Révolution Cubaine
Mari adoré de ma maman,
Je te salue Guillermo «  mio ».
Saches que je te suis profondément reconnaissante d’avoir si bien aimé ma maman et que tu sois ce que tu es : Un grand monsieur, «  un caballero » !
Je te salue ma maman, Little Big woman. Tu as su accompagner ton homme aux portes de son nouveau voyage, en donnant et recevant tout l’amour du monde. Saches que je t’aime et que je suis fière d’être ta fille !
Et je salue mon oncle Maurice, le frère ainé de mon papa qui, lui aussi, nous a quitté.

Texte écrit et lu par Coralie le 22 juillet 2008

Guillermo

Guillermo disait qu’il se « mettait en fonction » pour nous signifier qu’il allait travailler dans son atelier d’Argenteuil.
Il a ouvragé la langue française comme il a martelé le fer en ferronnier intrépide qu’il était, en le pliant à sa volonté et à son imagination.
A une époque où la langue lui résistait encore un peu, il m’a parfois semblé devenir pythie décryptant sa parole, devinant des croquis.
Quoi de plus normal, lorsqu’on est amené à vivre et à travailler avec un couple aimant tel que les mythes les mettent en scène, issu de la confrérie ancestrale des forgerons et de celle non moins originelle des conteurs.
Guillermo m’a appris cette dimension large de l’existence que l’on forge chaque jour.
Lui qui à 50 ans a remis sur le feu, sa vie pour la plier à un autre destin.
Nue ma flamme devenue
Mortellement
Locataire d’éternité
Lui qui est pour moi l’incarnation de son île, il a choisi de la quitter et au moment même rencontrait celle qui allait être sa femme, Mimi.
Voici à nouveau des vers d’un poète haïtien dont il aimait la verve, James.

Voyage

Ils partent tous
Poussière aux pieds
et cœur volant tel long vers libre
délivré du carcan des formes fixes

le seul pays
est celui des oiseaux migrateurs

pays
avec une aile pour drapeau
et surtout un regard qui épouse
l’univers tout entier
d’un seul visage

Me voilà doublement orpheline de Père.

Texte écrit et lue par Elodie le 22 juillet 2008

Guillermo

La première fois que nous nous sommes rencontrés, tu nous a offert un festin, un festin cubain
Pieds de veau à la sauce Gallo
Et pendant des mois, toutes ces années de connaissance, toi et Mimi vous m’avez reçue, et j’ai souvent, souvent goûté-mangé de ta cuisine, riz merveilleux ni collé ni décollé, avec
«  sofrito », avec haricots rouges, canard, « pollo »…

Accueillie
Reçue
Toujours
Comme fille de cœur de Mimi, sœur de coeur de Coralie,
Et même comme « artista natural », titre que tu m’as donné et qui m’honore
grandement.


J’ai eu beaucoup de bonheur à venir dans cette Caraïbe du 28 rue d’Oran où Cuba et Haïti s’appellent « Mi amor ».

Merci pour ton regard droit au but sans condescendance sur le monde des hommes.
Merci pur la beauté de notre dignité que tu portais si bien.
Merci pour ton hospitalité, valeur suprême des exilés.
Merci pour ta grande et libre générosité.
Tu m’as bien souvent demandé de veiller sur Mimi chaque fois qu’on partait jouer ensemble : je l’ai fait et je le ferais.
Sois tranquille.

Que ceux qui sont déjà partis guident tes pas vers le pays de nos ancêtres.

« Adios » Guillermo
« Adeu »

Texte écrit et lu par Claire Garrigue le 22 juillet 2008

L’homme qui ne vieillissait pas dans son paradis du bout du monde

Il était une fois un jeune homme qui vivait dans le village où il était né et où il avait grandi. Il vivait, avec les siens, dans la maison familiale construite sur une colline. Il connaissait tous ses voisins et saluait les villageois dont il partageait les coutumes et connaissait la vie. Comme à chaque nouveau-né de la famille ses parents lui avaient offert un coffre qu’il aurait à remplir tout au long de sa vie.
Le monde autour de lui évoluait et, comme lui, se transformait et ce qui devait arriver, arriva. Un jour il quitte ses parents, sa maison, ses amis et part découvrir des horizons dont il a grande curiosité. Ses pas le mènent loin, de plus en plus loin, au-delà des montagnes. Il s’embarque sur des bateaux de fortune et traverse l’océan. Il découvre de nouvelles mers, de nouvelles terres. Il découvre aussi des êtres humains différents de lui. Il s’émerveille pourtant de voir que, malgré toutes leurs différences, ces êtres lui ressemblent ; ils sont hospitaliers, curieux, débordants de joie de vivre comme lui-même l’est profondément. Il s’étonne de constater que les animaux et la nature sont résistants et inaltérables contrairement aux hommes qui sont faibles, instables, ambitieux et parfois égoïstes.
Il apprend grandement sur les chemins parcourus, de quoi remplir en partie le coffre qu’il avait d’ailleurs oublié dans la maison familiale.

Un beau jour, rendu à la fleur de l’âge, l’homme arrive au bout du monde. Ce bout du monde l’enchante. Il pense tout haut :
C’est ici que je souhaite vivre désormais !
On le mène au sorcier du village. Il le salue avec déférence. Le sorcier lui offre l’hospitalité et lui prédit qu’il ne vieillira jamais s’il accepte de partager leur vie pour toujours. Comme il lui semble merveilleux de n’avoir pas à vieillir et comme ce bout du monde est à ses yeux un paradis, il accepte.
Les années coulent, mais l’homme ne voit pas le temps couler ; il ne vieillit pas. Toujours à la fleur de l’âge, il ressent tout, comme au premier jour de son arrivée et avec la même intensité. Etrangement il ne se rappelle plus sa vie passée…..

Est- ce un vol d’oiseau, un parfum furtif ou un mot lancé innocemment qui bouleverse sa vie ?

Un soir, comme par magie, il se met à rêver. Il rêve de son coffre, de ses parents, de sa colline, de ses amis et revit le long périple qui l’a mené jusqu’à son paradis du bout du monde.
Au petit matin, à la fraîche, sa décision prise, l’homme scelle son cheval, le chevauche et reprend en sens inverse le chemin qui l’a conduit à ce paradis du bout du monde où il avait longuement vécu, sans jamais vieillir. Il galope à travers plaines et montagnes. Il galope jusqu’à la tombée de la nuit.
Plus il avance, plus il sent curieusement, une fatigue incommensurable lui peser sur les épaules et lui courber l’échine.
Au lever du jour lorsqu’il s’arrête pour se désaltérer au bord d’un ruisseau, l’eau lui renvoie son image. C’est celle d’un vieil homme. Il n’en croit pas ses yeux, en une nuit et une seule, il a vieilli. Il a du mal à remonter sur son cheval et remarque que celui-ci est aussi vieux et fatigué que lui. Comprenant alors que ses yeux ne l’ont pas trompé, il fouette sa monture pour rejoindre au plus vite son village natal.
C’est un très vieil homme monté sur un très vieux cheval qui entre dans le village ce matin-là.
Le très vieil homme ne reconnaît rien. Ce n’est d’ailleurs plus un village mais une ville grouillante de monde. Il a du mal à retrouver son quartier. On ne connaît pas ses parents. Son nom n’évoque rien à personne.
Il traverse maintes et maintes fois la ville à la recherche de la colline de son enfance et de sa maison familiale. Il trouve enfin la colline, elle est toujours à sa place ; il retrouve sa maison qui, coincée entre des immeubles, n’est plus qu’une ruine.
Le très vieil homme erre à travers cette ruine en quête d’une trace, d’une réminiscence. Par bonheur, il finit par découvrir son coffre enseveli sous un enchevêtrement de broussailles et de gravats. Il l’exhume avec beaucoup de mal et l’ouvre enfin. Ce coffre qu’il a reçu de ses parents et qu’il a laissé au moment du départ est plein de souvenirs oubliés, mais il y a encore de la place. Il s’y glisse pour entreprendre son grand voyage pour l’éternité.

Certains disent que les choses ne se passèrent pas ainsi et qu’il trouva le coffre vide lorsqu’il l’ouvrit.
Qu’importe, pensa-t-il, je le remplirai avec mes souvenances.
Il voulut ranger aux côtés de ses souvenirs de jeunesse ceux de son long périple et de sa vie dans son paradis du bout du monde ; étrangement il n’avait mémoire de rien sauf de sa première rencontre avec le sorcier.
A n’en pas douter le sorcier lui avait effacé la mémoire ! N’était-ce pas le prix à payer pour vivre l’éternelle jeunesse ?
Comme le coffre était encore à moitié vide il murmura :
Eh bien, puisqu’il le faut, j’y rentrerai et le remplirai de mon corps.
Et c’est ce qu’il fit.
Voilà ce que certains racontent.

Ce conte écrit par Guillermo a été lu par Mimi au moment de la mise en bière le 21 juillet 2008